Névache n’a pas toujours été française. Longtemps, la vallée appartenait à la seigneurie italienne de Bardonnèche. On la nommait alors “Annevasca valle” — la vallée enneigée.
Au fil des siècles, le nom évolue : Navaschia, puis Neuvache au XVIIIᵉ siècle.
Ce n’est qu’en 1713, à la suite du Traité d'Utrecht, que Névache et sa vallée sont définitivement cédées au duc de Savoie et rattachées au royaume de France.
Au XIᵉ siècle, les habitants d’un village situé plus bas dans la vallée, au lieu-dit le Roubion, décident de se déplacer.
Pourquoi ?
Pour se protéger à la fois des invasions… et des élans impétueux de leur torrent, le Roubion (dont le nom signifie “rage”).
Ils viennent alors s’installer autour d’un fort, le castrum de Navaschia, cherchant la sécurité derrière ses murs.
C’est ainsi que naît la ville haute de Névache, organisée autour de son fort.
En 1490, le roi Charles VIII ordonne la construction d’une église à l’emplacement même du fort.
Aujourd’hui encore, en visitant l’église, on retrouve les traces de ce passé :
La base du clocher repose sur l’une des anciennes tours du fort.
À l’intérieur, une porte en fer forgé donne accès à l’ancienne prison du castrum.
À l’entrée, on peut admirer une magnifique porte sculptée.
Ainsi se dessine la tradition alpine : une église centrale, entourée de son village.
En juin 1815, avant l’invasion des Autrichiens et des Piémontais, les habitants de la vallée craignent la réquisition de leurs bêtes. Ils décident alors de cacher leurs ânes dans une grotte située aux rochers de Pécé.
Lorsque les troupes arrivent, elles ne trouvent que quelques vieilles carnes laissées là pour ne pas éveiller les soupçons.
Mais l’ennemi trouve le lieu stratégique… et ce qui devait être quelques jours d’occupation se transforme en quatre mois.
Pendant tout ce temps, les habitants doivent nourrir leurs ânes cachés, de nuit, sans jamais se faire surprendre.
On imagine la tension… et le courage discret de ces montagnards.
Depuis, la cavité est connue sous le nom de “grotte aux 50 ânes”.
Au cimetière de Plampinet, on peut admirer une belle croix en marbre rose.
Son histoire est mouvementée.
Elle appartenait à un village italien, le Mézélet, près de Bardonecchia.
À la suite d’un différend sur la vente de bois de mélèze — les Italiens refusant de payer en invoquant les anciennes frontières d’avant 1713 — la colère gronde à Plampinet.
Les paysans organisent alors une expédition nocturne… et dérobent la croix.
Les représailles ne tardent pas : vols de moutons, tensions entre villages…
Les moutons furent vite oubliés.
Mais la croix, elle, est toujours là.
La chapelle Chapelle Sainte-Marie de Fontcouverte (1627) est construite sur l’un des plus beaux sites de la vallée : un rocher en bord de route, près d’une source discrète.
On attribuait à cette eau pure des vertus miraculeuses.
D’où son nom : “Fontaine couverte”.
Un lieu paisible, chargé de spiritualité et de mémoire.
Parce qu’un village de montagne se raconte aussi à travers ses légendes… L’histoire des “neuf vaches”
Un montagnard part acheter dix vaches à Briançon.
Sur le chemin du retour, il en perd une au lieu-dit appelé depuis “La Vachette”…
Il ne ramène donc que neuf vaches chez lui.
De “Neuf vaches” serait né “Neuvache”… puis plus tard Névache !
Entre frontières, montagne et caractère bien trempé, Névache est une vallée qui se vit autant qu’elle se raconte.